L'échappée de l'île d'Or

18/05/2021

Lors d'un training à mon lieu d'entrainement favori, à San Peire, ce petit village atypique, un charmant hameau semblable à la Corse dans les calanques périlleuses des Issambres à Roquebrune-sur-Argens.

Un soir après une dizaine de kilomètres, je m'arrête en pleine mer pour admirer le soleil couchant. C'était majestueux, et incroyablement clair ce soir-là, je pouvais, depuis la pointe de l'Arpillon, admirer le Cap Dramont, d'un côté et la pointe de Saint-Tropez de l'autre. Après quelques minutes de réflexion, j'ai vu mon prochain défi en ligne de mire, il me paraissait tout à coup comme une évidence, rallier ces deux caps.

Je rentrais à la maison toute excitée à l'idée de préparer ce nouveau projet hors norme, je me suis mise sur le coup dès le lendemain afin de savoir si ça avait déjà été réalisé. Après avoir pris tous les renseignements nécessaires, à ma plus grande joie, je serais la première à faire cet exploit. De quoi me motiver à le réussir le plus vite possible. Je commence à en parler autour de moi, très vite ce projet intéresse les médias, dont Var Matin, Nice Matin, France télévision, ainsi que France Bleu Provence. La plupart des personnes trouvaient ça énorme comme projet, 35 kilomètres en nageant sans s'arrêter en maillot de bain en plein hiver, ça en à impressionné plus d'un. Je trouvais ça génial que les gens soient aussi motivés par le projet que moi.

Les personnalités des différents ports me demandaient de passer devant le port afin de leur faire un peu de publicité. Ce qui rallongea légèrement mon parcours mais je n'étais pas à quelques kilomètres près et je ne refuse jamais de faire plaisir autour de moi, cela me rend heureuse.

Retour sur mon échappée entre le Dramont à Saint-Raphaël et le Port de Saint-Tropez.

Afin d'être en forme pour cette aventure, la veille, je me suis couchée à 22 heures. Le lendemain matin debout à 4 heures du matin, accompagnée de mes amis. Ensuite j'ai fais un bon repas, du saumon avec du riz, afin de tenir le coup. J'ai commencé à me concentrer pour ma traversée, ensuite Lulu est venu nous récupérer chez moi, nous sommes allées au point de rendez-vous au parking de la plage du débarquement. Une fois arrivés sur place, il y avait Esterel TV et Alexandre PLUMET (Var Matin). Avec Laurent, nous avons pris des photos devant le panneau de la plage du débarquement avec l'affiche de tous les sponsors et après nous sommes tous descendus sur la plage pour mon départ. A ce moment-là, j'ai fait une interview pour Esterel TV et Alexandre PLUMET, accompagnée de Laurent et mon grand frère et lorsque l'interview s'est terminée, je me suis échauffée avec l'aide de mon frère.

A 6 heures 45 je me suis jetée dans l'eau qui était à 13 degrés suivi par le bateau des pompiers. À 9 heures j'ai eu mon premier ravitaillement et j'ai continué ma traversée jusqu'à Saint-Tropez.

Je n'ai pas eu de coup de mou durant la traversée. Il y a eu des passages très compliqués notamment entre Saint Aygulf et Sainte Maxime ou j'ai nagé à contre-courant pendant une quinzaine de kilomètres. Physiquement c'était éprouvant et le mental a pris un gros coup, heureusement qu'il y avait ma team pour me soutenir et me dire de ne pas lâcher, ils ont été persuasifs. Je savais que ce défi comptait énormément pour moi autant que pour eux.

Lors des check-up médicaux, le bateau de ravitaillement et le bateau de la team se rapprochaient et me racontaient des choses me faisant plaisir, leur soutien est indispensable à ma réussite. Je dirais qu'avec ma marmotte et mon koala, un regard suffit à me redonner de l'énergie et la force pour continuer cette aventure.

Les pompiers étaient également indispensables, les blagues étaient au rendez-vous. Dans la baie de Saint Tropez, la mer s'était transformée en lac, c'était agréable à nager, un pompier, le fils du colonel, s'est jeté sur quelques mètres dans l'eau afin de me soutenir mentalement.

Nous voilà plus qu'à quelques centaines de mètres du port de Saint-Tropez, deux amis m'avaient dit qu'ils m'accompagneraient peut-être sur quelques mètres à la nage. Je n'y croyais pas trop, je sais qu'ils sont très frileux. Nous voilà à l'approche de l'entrée, je vois devant deux bombes se jeter à l'eau, l'un le plus frileux le koala en combinaison et le plus courageux, lui en caleçon. Ça a eu le mérite de me motiver et reprendre une bonne allure jusqu'à l'arrivée à la capitainerie.

Au loin j'ai aperçu beaucoup de monde pour m'encourager, m'applaudir, je ne disais rien mais après 9 heures 45 de nage j'étais émue de voir autant de monde me féliciter, dont mon directeur, le Colonel des pompiers du Var, la Maire de Saint-Tropez, de Roquebrune ma ville d'origine ainsi que beaucoup de monde.

À l'arrivée, le colonel m'aidait à sortir de l'eau, quelle incroyable expérience, quelle émotion lors de ma sortie !

On m'annonce que j'ai réussi mon défi en 9 heures 45, au mieux mon record car je pensais le réaliser en 10 heures, ma mission était plus qu'accomplie. J'étais heureuse, mais je ne réalisais absolument pas mon exploit. Une fois sortie, j'enfile un peignoir de mes sponsors et un homme grand et séduisant me serra dans ses bras pour me féliciter. 

Ensuite un autre ami qui a nagé avec moi les 500 derniers mètres que je considère comme mon petit frère, pourrait faire toutes les bêtises du monde que je lui pardonnerais. D'ailleurs je lui ai prouvé, il a fait un accident avec ma voiture et j'ai tout fait pour lui, malgré tout, pour que ça s'arrange comme si c'était mon petit frère. Mais en fait, que suis-je bête j'ai décidé de choisir ma famille et celle qui m'a adopté, c'est celle-là. Nous sommes donc frère et sœur, famille un jour, famille pour toujours comme on dit. Ce noyau qu'on a construit depuis quelques temps est indestructible, quand je construis quelque chose c'est en béton armé et avec mes origines corses, et les leurs guadeloupéennes autant vous dire que le béton armé, celui qui s'amusera à le toucher ne sortira pas indemne de sa tentative. À vos essais !

Puis une marmotte qui sorti du bateau où il avait passé une dizaine d'heures à mes côtés, à me regarder nager, barboter sur place, me soutenir sans jamais douter de moi et de ma réussite. Il me serra tellement fort dans ces bras, en me regardant avec cet air de fierté, fier de ce que j'avais accompli, c'est dans ses yeux que j'ai compris que j'avais réalisé un véritable exploit, ce regard était celui de l'amour, j'ai attendu son câlin pendant une dizaine d'heures. Il s'agit d'un amour impossible, je préfère choisir la voie de la raison. Avec cette marmotte on est semblable, c'est ma raison. Être dans ces bras m'apportait un réconfort que personne n'avait sû m'apporter auparavant, un peu comme mon grand-frère.

C'est à ce moment-là que ma vie, ma carrière a pris un nouvel élan. Maintenant cette réussite, elle est pour moi et plus pour se débarrasser de mes démons intérieurs.

 Ce défi m'a apporté autant personnellement que professionnellement, je ressors de cette eau glacée par l'échelle du port de Saint-Tropez grandie et épanouie.